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  • Raoul Scipioni-Guenancia

Des peintures et des baisers

Mis à jour : 10 juin 2020

Depuis les fresques égyptiennes, les artistes n’ont jamais cessé de célébrer l’instant amoureux par le baiser, symbole de passion, d’intimité, d’engagement, de combat politique et religieux. L’image du baiser, de par sa dimension universelle, interpelle autant le peintre qui le magnifie que le public qui le reçoit et se l’approprie.

Ci-dessous, je propose à votre curiosité 10 grands baisers témoins de leur temps dans l’histoire de la peinture. C’est aussi l’occasion de réviser les synonymes du nom commun « baiser » (et non du verbe éponyme du 1er Groupe !)



> Dans ce post, un clic sur chaque image l'agrandira instantanément.


1/ Fresque de la chapelle Scrovegni à Padoue - Détail

Giotto 1303-1305


L’embrassade sacrée : peint par Giotto sur cette fresque murale, la rencontre intime de saint Joachim et de sainte Anne, enceinte de Marie (mère de Jésus) à la porte dorée

(non, non, pas celle du 12ème arr de Paris !) ne laisse pourtant aucun doute quant à la portée profane du tableau : Ces deux époux se rencontrent à la volée comme 2 amants de Doisneau. En arrière plan, les personnages vaquent à leurs occupations sans prêter attention aux 2 amoureux. Ce monde animé préfigure déjà celui des temps modernes.



2/ Le baiser à deux têtes

Pablo Picasso 1932


Le bécot cubiste : Bon, soyons clair, il m’a fallu choisir parmi les dizaines de bécotage que Picasso a laissé dans son oeuvre foisonnante. Celui à deux têtes, peint un an avant le rêve (cf. chronique picturale « peinture et image subliminale coquine ») est intéressant

par sa confusion des genres : qui est l’homme, qui est la femme ? Et par son caractère franchement comique, voir grotesque. Du pur Picasso comme on l’aime : un peu foutage de gueule, un peu génial, mais très cubiste ! A noter dans ce tableau: l'hommage (involontaire ?!) au "carré blanc sur fond blanc" de Kasimir Malévitch.





3/ Dans le lit, le baiser

Henri de Toulouse – Lautrec 1892



La bizoute lesbienne : Ce magnifique tableau fait parti d’une série de quatre oeuvres parmi lesquelles deux sont intitulées « dans le lit » et une autre « au lit, le baiser ». Lautrec , témoin avisé des maisons closes, a figé l’instant ou deux prostituées partagent un moment d’amour lesbien. Encore une peinture à scandale pour la belle époque.



4/ Le baiser

Gustav Klimt 1908-1909


Le bisou viennois : la plus célèbre œuvre du peintre autrichien, et sans doute le plus connu des baisers dans l’histoire de la peinture. Empreint de modernité, ce tableau se rattache au mouvement symbolique, inspiré des estampes japonaises, très en vogue en ce début de 20eme siècle. L’usage des teintes dorées renforce le côté iconique de l’ensemble, donnant aux deux personnages un sentiment d’abandon et de plénitude métaphysique.




5/ Kissing Coppers

Bansky 2004


Le palot militant (et bankable ) : deux policiers gays en train de s’embrasser sur les murs de Brighton, même en 2004, ça interpelle ! L’image a été rapidement arrachée des murs par des collectionneurs sans vergogne,

et le pochoir a été vendu aux enchères à Miami en 2014 pour la modeste somme de 418 000 €.













6/ Le baiser à la dérobée

Jean-Honoré Fragonard 1788


La gamelle transgressive : ce bisou n’est à la dérobée que par la présence de la porte entre ouverte, sinon ce ne serait qu’un baiser. Regardez bien la composition du tableau : l’écharpe dont se saisit la jeune femme fait le lien entre la convenance (le salon ou l’on joue aux cartes) et l’inconvenance (l’ardeur du jeune homme). L’interdit renforce l’excitation : entre les deux, le cœur et le corps de cette jeune fille balancent !




7/ Hercule et Omphale

François Boucher 1731-1734


Le poutou des dieux: c’est la peinture mythologique la plus explicitement érotique réalisée au siècle des lumières et des libertins. L’indépendance d’esprit avec laquelle l’artiste aborde ici le noble genre de la peinture d’histoire dans un esprit rococo assumé amène à penser que le peintre voulu pousser à l’extrême ce sujet pourtant déjà traité par Rubens. Hercule assujetti par Omphale, reine de Lydie, décide de passer à l’acte. Quel baiser ! On imagine l’accouplement furieux qui va suivre dans ce boudoir très Pompadour !








8/ Il bacio

Franscisco Hayez 1859-1861


Le patin romantique (et politique) : Réalisé à une époque encore très prude, ce geste sensuel des plus réalistes annonce une nouvelle ère, celle du romantisme, dans l’art italien . Elle est souvent interprétée comme porteuse de l'esprit du Risorgimento, période qui aboutit à l'unification de l'Italie, avec l’aide de la France, contre l’empire austro/hongrois. Sur cette fresque murale, Franscisco Hayez a peint ce tableau en trois versions, dont celle-ci de 1861 qui symbolise par les couleurs l’union de la France et de l’Italie. Visconti s’en est inspiré pour son film Senso en 1954.








9/ Les amants

René Magritte 1928



La pelle surréaliste : Cette toile surréaliste reste une énigme comme toutes les peintures de Magritte. Il serait donc farfelu d’y voir le dicton « pour vivre heureux, vivons caché ». La peinture de Magritte s’interroge sur sa propre nature, et sur l’action du peintre sur l’image. La peinture n’est jamais une représentation d’un objet réel, mais l’action de la pensée du peintre sur cet objet. Du coup, l’interprétation peut aller se percher loin, très loin dans la psychée !




10/ Baiser (en)volé

Raoul Scipioni-Guenancia 2016


La galoche monstrueuse : Amour passionnel de titans dans le Tartare ? (non, non, rien à voir avec le steak ! ) Hommage au crash aérien de la Germanwings ? Expression romantique de la tectonique des plaques et ses conséquences ? Issu de la série « voyages imaginaires » l’interprétation du tableau de Raoul Scipioni-Guenancia peut aller se percher, là aussi, encore plus loin dans la psychée !



A bientôt pour une nouvelle chronique picturale !


Raoul Scipioni-Guenancia

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© Raoul Scipioni-Guenancia